Biographie
Jérémie Roux est né à Paris en 1975. Il a acheté, aidé par ses grands-parents, son premier appareil réflex à l'âge de 17 ans. Il est parti s'installer aux Etats-Unis en 1998 pour obtenir un Master's en informatique graphique à Stanford. Après l’obtention de son diplôme en 2000, il a habité à San Francisco et travaillé dans différentes startups de la Silicon Valley. En 2005. il est revenu habiter à Paris. Depuis, il y travaille dans le milieu de la mode et de la photographie.
Préface
Dans la Critique du Jugement Esthétique, Emmanuel Kant écrit que l'art n'est pas la représentation d'une belle chose mais la belle représentation d'une chose. Au travers de ma photographie, j'aspire à incarner l'idée de Kant en essayant de révéler la beauté graphique des scènes et objets ordinaires qui m'entourent.
Depuis fin 2003, j'ai concentré ma photographie sur les paysages urbains nocturnes, prenant pour sujet des autoroutes, des immeubles ou des sites en construction par exemple. Plus récemment, j'ai commencé à prendre des photos d'interieur aussi, des photos d'escaliers roulants, de cabines téléphoniques, ou de bancs publiques; comme pour mes paysages urbains, ces objets sont seulement éclairés par des lumières artificielles et non pas par la lumière du soleil. J'en suis arrivé à aimer et même désirer les couleurs saturées et les effets quelque peu inhabituels que j'ai découverts dans ces longues expositions nocturnes sur film diapositive pour lumière du jour. Certains détails que l'on peut déjà deviner à l'oeil nu sont totalement révelés dans ces images. Des couleurs inattendues apparaissent dues à différents types de lumières artificielles: les ampoules incandescentes donnent des tons jaunes et oranges profonds, les fluorescentes produisent une teinte verte parfois un peu sinistre. En plus de ces couleurs, les mouvements de lumières impriment la pellicule pour former des traits lumineux; et par temps de brouillard, des halos, souvent peu visibles à un instant donné, sont amplifiés par ces longues poses.
J'ai commencé à prendre des photos en 1992, mes sujets étaient à l'époque plutôt d'ordre journalistique ou de voyage. Mon récent intérêt pour les paysages urbains de nuit a été très influencé par les travaux de Michael Kenna et de Christopher Griffith, et aujourd'hui, j'en apprécie même le processus. Habiter dans un quartier industriel de San Francisco (en Californie) me donne accès à de nombreux sites urbains et en développement interessants qui, de nuit, sont presque illimités. J'ai une certaine liberté que j'apprécie beaucoup: presqu'aucune contrainte dans mon travail, aucune dépendence vis-à-vis de qui que ce soit ou de quelconques évênements.
Bien que les images que je produise soient peut-être des vues déformées de la réalité, il s'en dégage généralement une impression de déjà-vu, due au caractère familier et ordinaire des scènes que je choisis. Et bien que ces paysages et objets ne soient pas traditionellement considérés comme beaux, j'espère que cette représentation alternative de quelque chose de réel, cette "super-réalité" qui constitue mes photographies, révèlera la beauté de ces choses autrement oubliée.


